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Les tribulations du Cercle Manteia

 

Sagement rangé pendant des années dans un petit coin de tête, il n’ennuyait personne. Jusqu’au jour où il en a eu assez. Déclenchant ainsi une révolution.

 

- Il n’y a plus rien dans le frigidaire !

- Ah bon ?

 

- Si on partait à la mer ce week-end ?

- Euh, non…

 

- Maman, pourquoi tu me dis qu’il ne faut pas passer trop de temps devant des écrans, et que tu restes toute la journée devant ton ordinateur ?

- C’est différent, maman travaille…

 

Mais comme toute révolution finit par se terminer un jour, fort heureusement, le calme est enfin revenu. Le jour où la dernière page est sortie de l’imprimante et où il s’est installé confortablement dans le tiroir du bureau.

 

Pas pour longtemps cependant. Il n’avait pas fait tout ce chemin pour rester enfermé dans un meuble ! Et le voilà reparti dans ses activités militantes. Nouant insidieusement des contacts avec l’extérieur et créant son propre réseau de soutien.

 

- Pourquoi tu as écrit un livre, si c’est pour que personne ne le lise ?

- Simplement pour me faire plaisir…

 

- Pourquoi tu refuses de le faire lire ?

- Parce que je ne suis pas sûre qu’il intéresse quelqu’un…

- Qu’est-ce que tu peux en savoir, si tu n’essayes pas ?

 

Etc. Etc.

 

Serait-il plus têtu que moi ? Sans doute, parce qu’il est finalement parvenu à ses fins. Mon imprimante, qui n’avait rien demandé à personne, se retrouvant condamnée à des travaux forcés à perpétuité.

 

Des manuscrits ont commencé à se promener au sein d’un comité de lecture sur mesure. Pas des professionnels, non, simplement des lecteurs, comme le commun des mortels, pour qui un livre doit avant tout être un moment de plaisir, de détente et d’évasion. Les retours ont été passionnants, engendrant des échanges ponctués de remarques parfois fort judicieuses. Le voilà qui s’étoffe et se transforme en fonction des réactions obtenues. Jusqu’à devenir la version actuelle.

 

Toutefois, cela n’était pas encore suffisant. Il avait envie de rencontrer plus de lecteurs, et il devenait difficile de le suivre. Mon imprimante était morte, paix à son âme. Jusqu’au jour où le sauveur lui est apparu, en la personne - virtuelle – d’un site permettant l’autoédition. Un coût raisonnable, aucune contrainte, et un service tout à fait à la hauteur. Merveilleux.

 

Fièrement paré de sa nouvelle couverture et ressemblant enfin à un vrai livre, le voilà prêt pour découvrir le monde. Petit monde, j’en conviens. Une centaine d’exemplaires imprimés, mais sans doute plus du double en lecteurs. Car c’est un livre voyageur, qui aime passer d’une maison à l’autre.

 

Tout à coup, ses héros s’évadent du papier pour se promener au gré des discussions. J’ouvre parfois de grands yeux face à ces gens qui semblent s’être approprié mes personnages, partageant avec eux une empathie certaine, attristés par leurs malheurs et s’inquiétant de leur avenir. Me voilà obligée de les rassurer en leur indiquant qu’il y a un deuxième volume, puis un troisième…

 

Du nord au sud, le voilà qui prend goût aux voyages et qui réclame son indépendance. Le bouche à oreille ne lui suffit plus, il veut visiter le pays. Pas facile de lui expliquer que les choses ne sont pas aussi simples, quand on ne connaît personne dans ce milieu…

 

Mais pour lui faire plaisir, j’ai interrompu quelques instants l’écriture pour l’envoyer à une nouvelle maison d’édition dont j’avais entendu parler, Nouvelles Plumes. Et hop, sélectionné, contrat en mains :

 

  • Parution au mois de juin 2014 chez France Loisirs, en exclusivité pendant six mois, sur la base de droits dérivés,

  • Puis courant 2015, sortie en librairie avec des droits d’auteur conformes à ce qui se pratique habituellement.

 

Tout cela me semble bien. Si c’est vraiment ce que tu veux... Je signe !

 

Un petit lifting par la correctrice mandatée par Nouvelles Plumes, que je remercie au passage pour son professionnalisme, et il continue sa route jusqu’à France Loisirs.

 

Le voilà ensuite qui me revient pour validation du BAT. Oups ! Ils ne t’ont pas arrangé… Pourquoi tu es tout tassé ? Les espaces à certains endroits dans mes chapitres, ils n'étaient pas là que pour la déco… Et c’est quoi ces fautes que je ne connais pas ? Ne bouge pas, on a 72 heures pour arranger tout çaQuatre cent cinquante et une pages relues et corrigées plus tard, il est fin prêt pour le grand jour.

 

Pas mal ton nouveau look, ais-je pensé en découvrant sa nouvelle couverture le jour où l’une de mes amies m’a amené le catalogue France Loisirs. Je file donc au magasin pour en acheter un exemplaire. Pas de passe-droit pour les auteurs...

 

Quelle déception en constatant que le manuscrit publié était le premier BAT tout tassé et non la version validée par mes soins ! Le temps a viré à l’orage… Mais j'ai eu droit à une longue lettre d'excuses et à la promesse que les impressions suivantes seraient réalisées conformément à mes instructions.

 

Les mois s’écoulent et la curiosité me pousse parfois sur Internet, pour voir ce qu’il devient. Un commentaire par ci, un commentaire par là… Cela fait toujours plaisir.

 

Un an après sa parution, l’heure est venue de faire un point.

 

Le Cercle Manteia s’est invité dans 7.500 bibliothèques. Pas mal, mais pas assez pour Nouvelles Plumes. Car entre-temps, ils ont changé leur politique et ils ne sont plus en mesure de faire paraître tous les livres prévus en librairie.

 

Exit le contrat signé.

R.I.P. Le Cercle Manteia.

 

Mais Nouvelles Plumes ne ferme pas complètement la porte. Pas de publication pour Le Cercle Manteia, mais un avenir peut-être pour La Couleur du Deux.

 

Réflexion faite… moi j’ai préféré la fermer. Je comprends les contraintes et les difficultés rencontrées par Nouvelles Plumes, toutefois, je crois que nous n'avons pas les mêmes priorités.

 

Publier une suite sans laisser aux lecteurs la possibilité de se procurer le premier tome, qui est la genèse de l’histoire, ne me semblait pas une idée lumineuse.

 

De plus, le Cercle Manteia est trop têtu pour retourner dans un tiroir inconnu ! Alors il a fait ses valises, récupéré ses droits au passage, et est revenu s’installer à la maison. Welcome home.

 

Des regrets ? me demande-t-il parfois.

 

Aucun. Je veux rester libre de fournir mes livres à ceux qui ont réellement envie de les lire. Même si de fait, ils seront sûrement moins nombreux à y avoir accès.

 

Chaque étape de cette aventure a été intéressante. Y compris le passage par Nouvelles Plumes qui a été une expérience enrichissante.

 

Pas financièrement, j’entends bien. S’agissant des livres vendus par France Loisirs, les droits dérivés versés à l’auteur s’élèvent à… 1,5 % environ.

 

Enrichissante, parce que le cercle des lecteurs s’est agrandi et que j’ai pu obtenir des retours objectifs. Un peu frustrant, parfois, de ne pas pouvoir répondre à tous ceux qui ont pris la peine de laisser des commentaires enthousiastes. Ne serait-ce que pour leur dire que la suite existe. 

 

Aujourd'hui grâce à ce site, l'aventure continue...

 

 

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